Lundi 3 mars, 8h de navigation avec un début dans la molle mais très vite couronnée de succès avec une vitesse moyenne de 5 nds grand large. Un plan d’eau lisse très agréable ne dépassant pas les 1.5m de houle. Nous longeons d’abord la superbe longue plage de Salgado qui s'étend sur environ 6 km. Difficile d'accès, elle est généralement vide. Dans ces circonstances, rien de mieux que de la visiter depuis la mer. Dans sa zone nord, il existe la pratique du naturisme. Nos jumelles ne nous ont rien révélé de tel. C’est peut-être une histoire de saison vous me direz 🤔… (Je devrais peut-être faire attention à ce que je dis, quelqu’un pourrait un jour me prendre au sérieux ! 😅). La beauté sauvage de la Serra da Pescaria, végétation encerclant la Praia do Salgado, est quant à elle vraiment captivante. “On dirait un lieu de tournage de Jurassic Park” exprime Marvin. Il ne pense pas si bien dire. En plus d’un grand nombre de fossiles organiques marins tels que les gastéropodes, les coraux, les oncolites (j’aime beaucoup ceux-là !), et les éponges, on peut apparemment observer deux traces de dinosaures 🦕 Nous passons au large de la Baie de Saint Martin de Porto. En forme d’ellipses, elle aurait été un merveilleux site de mouillage en une autre saison. Puis, le plus grand système de lagunes côtières de la côte portugaise nommée la lagune d'Óbidos. Des plages, des plages et encore des plages avant d’apercevoir au loin sur un cap à 220°, la réserve naturelle de Berlengas avec ses imposantes falaises et abritant des colonies de macareux. Quelques milles de plus et nous voilà contournant la péninsule de Peniche (qui est à l'origine une île). D’abord devant l’îlot rocheux da Papôa, nous nous grisons ensuite d’une superbe vue donnant sur ce qui semblerait être des “pancake rocks”. Une succession de couches rocheuses qui se sont formées en général pendant plusieurs millions d'années. Ceci jusqu’au phare qui porte le nom de son cap “Cabo Carvoeiro”. De là, nos regards sont rapidement captivés par des maisons haut perchées aux couleurs variées et gaies. La hâte de s’y rendre à pied afin de voir de plus près ces charmantes habitations commence à se faire sentir mais pour l’instant, c’est écoute en mains et barre … en mains que nous observons ces petites merveilles. Les falaises sont abruptes et aucun danger ne sont annoncés sur la carte et le GPS ce qui permet de nous en approcher de très près 👌. Comme bien d’autres communes côtières déjà visitées au Portugal, Péniche possède sa forteresse. Nous la laissons sur notre gauche avant d'arrondir pour entrer dans son petit port. Nous remarquons tout de suite une place en bout de ponton. Un peu étroite c’est vrai mais il semblerait que ce soit la seule accessible pour nous, si nous ne voulons pas que notre refuge devienne notre prison ! La manœuvre n’est pas simple mais par chance, nos futurs voisins serviables et avenants nous accueillent en frappant nos amarres. Thierry, Sandra est un couple franco-malgache. Ils ont une fille de 7 ans prénommée Solène. Ici depuis 3 mois, ils attendent une fenêtre météo adéquate et suffisamment longue pour voguer gentiment vers Gibraltar. Leur vie est inspirante. Elle n’est que voyage à bord de leur voilier de 18 mètres (arf c’est tout !!!)Te Ako, signifiant quelque chose comme je t’aime. Lui est ancien commandant de bord de transport… Vivants sans contraintes temporelles et sans obligations, leur existence se dessine au gré du vent et des envies. Chaque nouvelle destination est une page blanche qu’ils viennent colorées de leurs engouements à en faire une découverte. Le temps est précieux nous dira Sandra, “il faut profiter de la vie maintenant tant que nous sommes encore vivants”. Phrase simple et “bateau” mais qui résonne en nous !
Le lendemain matin, nous ne tardons pas à pénétrer dans la ville en direction de ces attrayantes maisons. Une portugaise vivant en belgique et de passage dans sa ville natale nous dit qu’autrefois, ce quartier était celui des pauvres. Ces parents lui interdisaient de s’y rendre. Il faut croire que selon eux, la pauvreté rend inéluctablement les gens dangereux… Probablement au ciel à l’heure qu’il est, paix à leurs âmes ! Toujours est-il, nous sommes très séduits par l’atmosphère qui se dégage de ce lieu. Les casa sont pour la plupart rénovées de peintures resplendissantes. Sans trop de chichi, on dirait bien que ses habitants sont tous créatifs et s’attachent à rendre leur chez eux agréables. Ils savent joindre l’utile à l’agréable et ont certainement compris qu' harmoniser l'énergie environnementale d'un lieu favorise le bien-être, la santé et la prospérité de ses occupants. Un Feng shui à la portugaise avec des coquetteries partout : des pots de fleurs et des aloés, des sansevierias et des décorations murales religieuses, solaires ou autres. La main de l’enfant est aussi passée par-là et trouve sa place de façon ravissante entre les potagers, les fils à linge et toutes autres marques de vie humaine. Le chat reste néanmoins le maître des lieux ! Semi domestique et semi sauvage, il esquive avec prouesse la chasse de Cahuette. Ceci pas sans me contrarier mais que faire et quoi penser quand l'instinct dépasse toutes possibilités de raisonnements ? Considérées par les scientifiques comme unique au monde, ces demeures ont été construites sur une zone rocheuse comme un exemple de la transition de la période triasique à l' extinction du Jurassique inférieur. Rôder ici, c’est s’immerger dans une rencontre soignée et réussie entre la construction naturelle géologique et la construction humaine. 🥰 Nous y reviendrons presque chaque jour pour nos promenades matinales quotidiennes.
Quand le temps est mitigé, nous sommes heureux de trouver ici, à portée de pieds, l’activité physique nous y rendant impassibles voir invincibles! D'un périmètre d'environ dix kilomètres, créé par un tombolo, le contour de côte de Péniche compte un nombre incalculable de plages où il est possible de surfer. Une véritable Mecque pour les amateurs de surf et de bodyboard. La plus connue, j’ai nommé la plage de “Supertubos” ! Les vagues sont non seulement grandes mais elles sont aussi tubulaires. Elles sont considérées comme les meilleurs « tubes » des mers européennes. C’est d’ailleurs sur celle-ci que s’organise chaque année, l’une des plus importantes compétitions internationales de surf, la World Surf League.
Baleal Beach, Papoa, Praia da Consolação. Molhe Leste etc. C’est finalement Gamboa qui devient notre spot de prédilection. Cette plage est située sur le pourtour nord. Le vent est sud en ce moment, on dit alors qu’il est off-shore. La houle quant à elle est nord-ouest. Toutes les conditions sont donc réunies pour la pratique du surf et ce 4 jours durant. Pendant ce temps, il y en a une qui se fait la malle tous les jours et connaît Péniche mieux que personne, sur le bout des griffes ! Libre de ses mouvements ou presque, on ressort le collier GPS au cas où. Cahuette est donc un chien heureux, autonome mais télécommandé 😁 Pour l'anecdote, lorsque c’est elle qui rentre la première, nous la trouvons chaque fois devant le bateau ce qui suscitait chez nous la question suivante : Comment passe t-elle la porte sécurisée qui nécessite une carte magnétique ? Attend t-elle que quelqu'un la lui ouvre ? Connaît-elle un endroit autour du port où elle puisse passer sans avoir à nager jusqu'à notre ponton ? Non, ça n’est pas possible, nous ne voyons aucune passe… C’est Carlos, le responsable du port, un homme extrêmement gentil et particulièrement sensible qui, dans un détour de conversation, nous confirme en ne cachant ni sa surprise ni son admiration, que celle-ci pousse avec le dessus de la tête l’angle droit du bas de la porte et que par heureux hasard, cela joue en sa faveur ! 😂 Carlos n’en connaît pas la raison, le découvre maintenant et le pauvre, n’a plus qu’à trouver une solution pour parer à ce défaut de fonctionnement.1 semaine passe dans un rythme lent et reposant malgré la présence d’un vent assez prononcé. C’est surtout que nous arrivons à ne pas penser à l’avenir et apprécions beaucoup la tranquillité de Péniche. Nous rencontrons nos voisins d’en face Benjamin, Anna, Félix (6 ans), Élise (2 ans) et leur chienne Mina (âge inconnu des propriétaires). Lui est de Saint-Nazaire en France, une ville que je connais très bien, elle est espagnole. La petite famille vit ici, sur le trimaran qu’il retape depuis 2 ans. J’en déduis alors que le petit garçon qui joue continuellement avec la jolie Soso du palier d’en face, parle 3 langues : français, espagnol et portuguais. Je les entends entre eux passer d’une langue à une autre avec une facilité à mon niveau, déconcertante ! Cahuette arrivée la deuxième sur ce ponton se prend malgré tout pour la patronne des lieux.Elle aboit d’abord sur Mina qui n’a rien demandé mais par la force des choses finit par accepter d’être riveraine avec elle pour quelques jours.Plus loin et plus tard, on rencontre une femme disons, originale prénommé Camille. Ici depuis plusieurs mois, elle vit sur son bateau qu’elle a nommé d’une manière fantaisiste très représentative du personnage : “chaud bouilland”. Tu parles d’un nom ! 😆
Très vite nous voilà jeudi 13 mars, le jour de notre vrai jour de départ pour la journée entière sous un jour nouveau et plutôt clément même si ce dernier est resté en France … La veille, nous avons fêté notre départ et celui de Te Ako dans l’accueillant séjour de … Te Ako 😁avec toute la troupe présentée précédemment. Ce fut un moment agréable de partage, de rire, de récits, … d’alcool 😬 Et c’est à demi frais que nous faisons nos au revoir à Péniche, dans le sillage de Te Ako (encore lui 🙄 Quel vedette celui-là, oups c’est une insulte pour un voilier !). Thierry nous a en effet proposé hier de nous remorquer sur les coups de 7h30 du matin, chose que nous avons acceptée et entamons notre départ à 9h pourtant sur le qui-vive à l’heure indiquée !
Très vite dépassés et distancés par notre remorqueur, nous voguons à notre rythme (donc lentement disons les choses telles qu’elles sont 😄) en ce début de matinée et ce jusqu’en milieu de soirée jusqu’à Cascais. 45 milles en en 12 heures. Dont 2h à l’entrée du port sans vent et poussé littéralement par l’unique force de la houle. 2 longues heures à n’en plus finir avant d’être reçu par un marinos des plus désagréables pour qui le mot accueil doit être absent dans son dictionnaire. Il nous saute dessus comme des malpropres à peine le pied à terre pour nous demander de le suivre afin de régler les formalités. Même le temps d’affaler la grand voile c’est dire. On ne laisse jamais une voile hissée sans surveillance ! Marvin ne manque pas de lui faire remarquer ce que son cerveau robotisé finit par concevoir. Cependant, dès lors où il apprend que nous n’avons d’assurance pour le bateau (chose non obligatoire en France), il nous donne l’ordre de dégager. Coup dure, me voilà en crise d’angoisse, ça fait un bout de temps que ça ne m'était pas arrivée ! 😵 Et on dirait bien qu’il faille être en dépossession de soi, dans une vulnérabilité indiscutable pour que ce gardien du port ait la présence d’esprit de contacter son patron dans le but d’obtenir une autorisation pour nous accepter ici. Miracle, c’est un oui. Un peu couillons, on dirait bien aussi que ce dernier ait retrouvé un soupçon d'humanité en aidant Marvin à amarrer correctement notre Yes Aï au plus près de la borne électrique qui nous était d’abord impunément refusée. Il est 22h30 lorsque nous entamons notre dîner. Après ça, une bonne nuit de sommeil pour repartir le lendemain matin dans de meilleures dispositions vers une destination qui on l’espère nous offrira un meilleur accueil et un cadre nécessaire pour profiter de ce pour quoi nous sommes partis il y a 5 mois plus tôt..
Et bonus : en soirée du lundi 3 mars, jour de notre arrivée à Péniche, un air de déjà vu (Nazaré)